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Venezuela : le premier pion s'effondre

La guerre des prix sur le marché pétrolier fait sa première victime : le VENEZUELA. Le pays vient de dévaluer sa monnaie de 37% et d’augmenter le prix de l’essence de 6,085%. La dévaluation n’est qu’une étape avant un plongeon plus important. Le bolivar va s’échanger officiellement à 10 VEF/USD contre 6,3 VEF précédemment.

 

Marché noir : 1045 VEF/USD !!!

Prix de l’essence : mesure nécessaire pour renflouer un peu le budget mais insuffisante. En intégrant cette hausse, le prix de l’essence est toujours le plus bas au niveau mondial (6 bolivars le litre soit 0,6 dollar).

Avec une inflation qui a atteint au moins 200% en 2015 (les statistiques diffèrent), le prix de l’essence devrait être au minimum de 12 bolivars le baril pour couvrir le coût d’exploitation et également permettre à la compagnie nationale PDVSA d’avoir une réelle marge de manœuvre financière. 

Impact politique et social important : en 1989, la hausse du prix de l’essence avait entrainé des émeutes gigantesques _ le Caracazo _ ayant permis à Chavez d’accéder au pouvoir, d’abord par une tentative de coup d’Etat en 1992, puis par la voie légale en 1999. Une réplique du Caracazo pourrait mettre fin à cette expérience politique et économique qu’est le chavisme.

Le pays n’est, dans tous les cas, pas en mesure de faire face. Pour l’année en cours, le service de la dette devrait représenter environ 20 milliards de dollars (1/3 concernant des obligations souveraines, 1/3 des obligations émises par PDVSA, et 1/3 pour la Chine dans le cadre du fonds Chine-Venezuela). Problème : en considérant que le Venezuela ait recours aux réserves de change, comme l’an dernier, il manquera toujours 5 milliards de dollars. Une nouvelle aide financière de la Chine est indispensable afin d’éviter le défaut de paiement. Depuis 2009, elle a déjà prêté 60 milliards USD.

Le marché ne croit pas à une sortie de crise par le haut : le spread du CDS du pays est désormais au même niveau que celui de la Grèce, trois mois avant qu’Athènes ne fasse « défaut » en juillet 2015. Signe prémonitoire ?

Quid d’une relance de l’économie ? Encore faut-il qu’il y ait un secteur industriel sur place. La multiplication des taux de change et les freins administratifs ont laminé tout le tissu économique. PDVSA n’est plus en mesure d’investir pour maintenir le niveau de l’exploitation pétrolière et réduire les coûts en misant sur le progrès technique. Afin d’éviter un défaut de paiement, PDVSA, dont les rentrées financières ont été abusivement utilisées par le régime pour financer les fameuses Misiones bolivarianas, a été contraint ces dernières années de couper dans les CAPEX.

Aberration : Alors que le pays possède les premières réserves de pétrole prouvées, il est depuis le début de l’année contraint d’importer de l’essence des Etats-Unis. En janvier, le pays a acheté 550 000 barils à travers la filiale américaine de PDVSA, Citgo Petroleum Corporation.

Ce qu’il pourrait aujourd’hui arriver de mieux au pays est un défaut de paiement entraînant un changement de régime (déjà amorcé puisque l’opposition contrôle depuis le début de l’année le Parlement).

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec une double formation française et polonaise,[...]