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Six graphiques pour comprendre où va l'économie mondiale

Christopher Dembik, Economiste chez Saxo Banque, a sélectionné 6 graphiques vous permettant de décrypter les mouvements des marchés financiers et de l'économie mondiale. 

L’indice de surprise économique de Citigroup dresse le portrait d’une Amérique qui sort progressivement de la crise et celui d’une zone euro qui est empêtrée dans une croissance fragile soumise à des vents contraires (crise des migrants, indécision sur la politique monétaire, essor des populismes, investissement privé trop faible etc…). Le problème de l’Union monétaire est facilement identifiable : la BCE peut abaisser les taux aussi bas qu’elle le souhaite, s’il n’y a pas suffisamment de demandes de prêts, la reprise ne s’étoffera pas suffisamment. Les agents économiques n’ont toujours pas confiance en l’avenir et, surtout, de nombreux acteurs, particulièrement les entreprises, ont intégré l’imminence d’une nouvelle crise, ce qui explique qu’elles constituent des réserves de cash importantes. Le rebond notable de la production industrielle dans l’eurozone en janvier (+2,1%) ne constitue pas un « game changer ». Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur la tendance à moyen terme qui pourrait s’affirmer. En revanche, il est certain que le découplage qui s’opère entre les deux bords de l’Atlantique a assez peu de chances de durer. La théorie du découplage économique est une fable qui a montré ses limites lors de la crise de 2008. Les pays émergents, et en particulier l’Asie, ne sont pas restés longtemps à l’écart des déboires des pays développés. Il n’y a aucune raison pour que la situation soit différente en 2016. 

Voici le graphique que la FED suivra de très près dans les prochains mois, notamment dans l’optique d’un relèvement supplémentaire des taux avant l’été. Malgré un léger repli depuis le début de l’année, l’indice de stress financier de la FED de Cleveland reste à des niveaux élevés, proches de 2012. C’est en particulier cet indice qui incite la banque centrale à la prudence depuis décembre dernier.

Le risque de crédit, qu’il soit lié aux obligations à haut rendement aux Etats-Unis ou à l’endettement en Chine, est aujourd’hui le facteur qui influence en premier la politique monétaire américaine, bien avant les indicateurs macroéconomiques usuels que sont le chômage et l’inflation. Ce changement de paradigme explique en grande partie les hésitations manifestes de Janet Yellen lors de la conférence de presse suivant la dernière réunion de la FED. Il y a une réelle incertitude à propos de l’évolution de la politique monétaire dans les prochains mois. Bien que le consensus plaide en faveur d’une poursuite du processus de normalisation, le scénario d’une baisse plus rapide que prévu des taux si la conjoncture se dégrade davantage au niveau international n’est plus complètement aberrant.

Depuis le début de l’année, le principal marché boursier développé qui offre le ratio risque/rendement le plus intéressant est le Japon. Explication simple : la Banque du Japon, en allant jusqu’à racheter des ETFs, contrôle environ 1/3 du marché boursier domestique, processus qui va s’accentuer au fur à mesure de la mise en oeuvre des mesures expansionnistes. Comment peut-on encore parler de capitalisme et de confrontation de l’offre et de la demande sur un marché aussi manipulé ! La prochaine étape pour le pays est clairement une baisse supplémentaire des taux en territoire négatif, après la diminution à -0,1% en janvier dernier. L’étape suivante sera une intensification des rachats d’actifs. Le pays est en pleine expérimentation de politique monétaire et ce, depuis 2001. Tout porte à croire que le marché boursier japonais a encore de beaux jours devant lui tant que les investisseurs japonais ne remettent pas en doute la stratégie de la Banque du Japon.

A l’inverse, le marché américain est certainement le moins attrayant parmi les marchés considérés. Le ratio cours/bénéfices se situe autour de 26, soit à un niveau nettement supérieur à sa moyenne de longue durée. L’amorce d’une consolidation du S&P 500 en 2015 (-0,7% sur l’année) reflète, certainement, cette survalorisation des marchés outre-Atlantique. Il n’est question de cela ni pour le Japon, où le ratio se situe autour de 20, ni pour l’Europe, où il est autour de 15. 

Nous avions tort, moi y compris, d’annoncer la parité pour l’EURUSD en 2015. Les facteurs poussant l’euro à la hausse surpassent ceux qui poussent la monnaie à la baisse. On en dénombre au moins quatre : 1) l’excédent du compte courant de la zone euro qui depuis deux ans limite la baisse de la devise ; 2) l’amélioration de la conjoncture économique dans l’Union même si le rythme de croissance reste encore fragile ; 3) la politique monétaire. Le marché a conscience que le potentiel d’appréciation des taux outre-Atlantique est limité et que la BCE est progressivement à court d’outils pour assouplir encore davantage sa politique monétaire ; 4) les turbulences de marché qui incitent les investisseurs à dénouer leurs investissements spéculatifs à haut rendement pour racheter des monnaies traditionnelles de financement. L’EURUSD pourrait donc renouer dans les prochains mois avec des points hauts annuels. Les prochains objectifs sont à 1,1360 avant éventuellement le seuil psychologique des 1,15. De fait, si ce scénario se confirme, l’effet taux de change qui était en 2015 très favorable pour les entreprises exportatrices de la zone euro se réduira.

Les fondamentaux ne permettent pas une envolée durable au-dessus des 40 dollars le baril. Le gel de la production décidé mi-février par quelques acteurs n’a pas changé la donne. Il s’explique notamment par des difficultés de stockage pour certains pays du fait d’un accroissement important de la production. La possibilité d'un accord le 17 avril prochain entre les pays producteurs de pétrole qui sont membres de l'Opep et ceux qui ne le sont pas continue d’entrainer une forte volatilité des prix. Toutefois, rien ne permet d'affirmer aujourd'hui qu’il soit possible. En effet, sans la participation de l'Iran, un accord global sur un gel de la production a peu de chances d’aboutir. En outre, l'Opep a parfaitement conscience qu'un relèvement durable du prix du baril au-dessus des 40 dollars ouvrirait un boulevard aux producteurs de pétrole de schiste américains qui pourraient de nouveau accentuer leur production. Dans ces circonstances, il est probable que le cartel vise davantage une stabilisation des prix entre 35 et 40 dollars le baril au cours du trimestre à venir. Les risques baissiers sont toujours présents si le grand marchandage à l’œuvre sur le marché pétrolier ne débouche pas sur une coopération de Téhéran à moyen terme. Dans ce cas de figure, un plongeon vers les 30 dollars le baril n’est pas exclu.

L’or est l’actif favori de ce début d’année, statut qui devrait être confirmé au cours des trois prochains trimestres. Après des performances médiocres au cours des trois années précédentes, l’ère des taux négatifs et les incertitudes palpables sur les marchés financiers ont conduit à un retour massif des acheteurs, qu’ils soient particuliers ou institutionnels. Ce mouvement a de fortes chances de s’accentuer en direction des 1270 dollars, ce qui constitue notre scénario de base, avant une éventuelle attaque du point haut de janvier 2015 à 1295 dollars. 

 

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec une double formation française et polonaise,[...]