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Pourquoi l'UE est le cadet des soucis de la Grande-Bretagne

Le référendum est moins important que les problèmes structurels de l'économie britannique.
Le référendum pourrait fracturer encore davantage l'UE.
Crise des migrants et risque de récession pointent à l'horizon. 

Steen Jakobsen, Chief Economist de Saxo Bank, nous livre son analyse.

C’est assez ironique de voir que nous avons un Brexit à venir alors que d’après moi le Royaume-Uni n’a jamais vraiment fait partie de l’Union Européenne. Né à la fin des années 70, je me rappelle comme si c’était hier comment Madame Thatcher s’est battu contre l’Union Européenne et a tout fait pour que cette dernière se plie à sa version de l’UE… tout du moins financièrement.

Il est d’autant plus ironique que le premier ministre David Cameron a déjà sécurisé la capacité du Royaume-Uni à ne pas faire partie de l’Europe suite à son accord avec Bruxelles en mars, qui a créé de facto une Europe à deux niveaux, avec un groupe de règles pour le Royaume-Uni et un autre pour le reste de l’Europe.

Ainsi l’issue du referendum du 23 juin pourrait potentiellement créer une mini-crise en Europe puisqu’il est assez simple d’imaginer des pays comme la Hongrie, la Pologne ou encore la Finlande, vouloir sécuriser des accords qui vont dans le sens des concessions accordées par le Royaume-Uni.

L’Europe sera perdante si le Royaume-Uni reste du fait des niveaux différents déjà existant (en effet casser la grande union en plusieurs petites autres aboutira à détruire in fine « les unions ») et bien entendu, si le Royaume-Uni s’en va, les coûts politiques et pratiques semblent insurmontables- notamment concernant la crise des réfugiés qui doit être réglée avec leur participation.

Je suis encore plus perplexe lorsque j’écoute le chancelier Osborne, qui est incapable de prévoir le déficit budgétaire du pays sur les 6 mois prochains mois, pouvoir affirmer au penny près combien chaque famille du Royaume-Uni perdrait à horizon 2030 s’ils votent en faveur du Brexit (4,300 £ apparemment).

Le mouvement alarmiste est dément, en particulier pour un simple économiste comme moi alors que le futur du Royaume-Uni repose vraiment sur la manière dont le Royaume-Uni va gérer son double déficit chronique… la dernière fois que le compte courant du pays a été positif c’était en 1982… il y a 34 ans !

Ainsi, pour répondre à la question que chaque trader sur le marché du Forex se pose – Dans quelle direction va le GBP?- La réponse est toujours la même avec ou sans Brexit.

Quoi qu’il arrive la livre s'effondrera. Tant que vous dépensez plus que vous ne gagnez, que vous dépendez de fonds étrangers et avez une économie dont les deux moteurs de croissance sont la banque et l’immobilier -2 secteurs avec une productivité égale à 0 et (au mieux !) un futur incertain en matière d’emploi- vous êtes condamnés à répéter l’histoire récente.

L’histoire récente, bien sûr, démontre que Londres souhaite orchestrer la baisse de la livre sterling en temps de crise, et une crise par définition règne sur l’économie anglaise. Un analyste plus sceptique vous aurait dit que le Brexit est un excellent « refuge » ou excuse, pour la presque-récession économique à venir créée par les fondamentaux ci-dessus.

La réponse à une telle situation, a bien évidemment toujours été une livre sterling plus basse.

Le Brexit est un phénomène abstrait qui masque le vrai changement nécessaire au Royaume-Uni. C’est aussi un prétexte utilisé pour éviter de gérer le plus primordial, le problème structurel d’une société dont l’économie repose à 100% sur le service.

La production et la recherche de base du Royaume-Uni ont été délocalisée et pire encore, la capacité du pays à attirer les investisseurs étrangers est de plus en plus faible puisque les statuts fiscaux des non-résidents ont changé. Un autre facteur clé du changement suite à l’affaire des Panama papers est la décision de Cameron d’une déclaration publique pour les propriétaires immobiliers étrangers.

C’est seulement équitable et bon puisque cela augmente la transparence, mais cela réduit aussi de facto « l’attractivité » du Royaume-Uni. Je dirais que le changement de la fiscalité et autres avantages sont de loin plus importants que le statut du Royaume-Uni dans l’UE, puisque Londres est déjà libre d’appliquer ses propres règles. Je ne réduis pas dans ce sens l’important du vote, mais il a peu à voir avec le futur de l’économie anglaise et plus à voir avec le rôle do Royaume-Uni en Europe.

Laissez-moi souligner que je ne vois aucun scénario dans lequel une sortie de l’UE serait bénéfique pour le Royaume-Uni – aucunement même, mais cela ne veut pas dire que j’accepte la désinformation provenant de la campagne « Stay ». Le fait est que personne ne sait ce qui arrivera après. Nous savons que cela aura des conséquences mais nous ne savons pas à quoi le monde ressemblera avec ou sans Brexit.

Il est peut-être temps d’étendre les implications d’un Brexit concernant les questions les plus importantes: Comment obtenir un mandat pour le changement imbriqué à la fois dans le Royaume-Uni et l’UE?

Les deux entités ont besoin de se pencher de manière étroite et réaliste sur leurs perspectives futures, et d’examiner leur situation structurelle et leurs programmes d’incitation. A ce stade « le statu quo » promet un future sombre.

La question la plus importante de toutes  concerne la manière dont nous gérerons la crise humanitaire posée par l’arrivée massive de réfugiés alors que le risque de récession est grand. La manière dont nous agirons ici sera décisive à la fois pour l’Europe et le Royaume-Uni dans le future, davantage que de savoir si le Royaume-Uni décide ou non de quitter un club dans lequel il est déjà libre de se comporter comme il l’entend.

Steen Jakobsen

Chef économiste - Saxo Bank

Steen Jakobsen a plus de 25 ans d’expérience dans le domaine du trading et des marchés financiers. Après avoir terminé ses études d’économie à l’université de Copenhague, il commence sa carrière chez[...]