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Note de recherche : premier anniversaire en demi-teinte de l’annonce du QE européen

Le 22 janvier 2015, la BCE s’est lancée à son tour dans une politique d’assouplissement quantitatif (QE). Ce programme consiste à racheter des actifs pour 60 milliards d’euros par mois jusqu’à fin septembre 2016. Depuis, il a été prolongé jusqu’à mars 2017 et pourrait perdurer même au-delà selon les propos de Peter Praet, chef économiste de l’institution. L’objectif du QE est double : étoffer l’inflation pour qu’elle se rapproche à moyen terme de sa cible de 2% et diffuser les conditions de crédit accommodantes à l’ensemble de la zone euro afin de renforcer la croissance. 

Un an après l’annonce du QE, les résultats obtenus sont mitigés. Son but premier d’écarter le risque de déflation est loin d’être atteint. L’inflation sous-jacente, sur laquelle s’appuie Mario Draghi pour juger de l’évolution future des prix dans la zone euro, est passée de 0,6% en début d’année 2015 à 1% en octobre dernier, soit un point haut de deux ans. Depuis, elle montre des signes de ralentissement et ne s’établissait plus qu’à 0,8% en décembre 2015. Ce ralentissement avait été anticipé par Mario Draghi il y a quelques mois et pourrait conduire à revoir à la baisse les prévisions d’inflation pour 2016 et pour 2017 de la banque centrale. 

L’action de la BCE a également eu des bienfaits évidents. Elle a permis une meilleure transmission de la politique monétaire aux pays du Sud de l’Europe. Fait surprenant, contracter un crédit jusqu’à un million d’euros pour une maturité comprise entre 1 et 5 ans est désormais moins cher en Espagne qu’en Allemagne. Une telle évolution aurait été inimaginable il y a encore quelques années quand l’Espagne faisait l’objet d’attaques spéculatives. 

Enfin, le principal succès de la BCE est d’avoir réussi à abaisser significativement le taux de change de l’euro ce qui a amélioré la compétitivité-prix de nombreuses industries et a accru les exportations de la zone euro. Par rapport à son niveau d’il y a un an, l’euro/dollar, qui sert de marqueur pour le marché, a perdu près de 6%. Désormais, la paire de devises se trouve certainement à un niveau confortable pour l’institution. Un plongeon vers la parité ne fait pas partie de l’agenda de la BCE pour 2016.

 

 

Le premier bilan du QE est contrasté mais les facteurs économiques externes, en particulier la chute prolongée du cours du baril de pétrole, n’ont pas joué en faveur de la banque centrale. De nouvelles mesures sont inévitables dans le courant de l’année. Le marché anticipe qu’il y a une probabilité de 50% pour qu’une baisse du taux de dépôt ait lieu en mars prochain. Ce n’est pas une hypothèse complètement improbable. Mario Draghi a laissé entendre hier que l’institution pourrait « sans doute revoir » sa politique monétaire à ce moment-là. Toutefois, au regard du compte-rendu de la réunion du Conseil des gouverneurs de décembre dernier, il pourrait y avoir une forte opposition de certains membres en faveur de davantage de mesures. Rien n’est encore joué ! Seuls un durcissement imprévu des conditions financières ou un plongeon durable des places financières pourraient obliger la BCE à agir dans l’urgence.

Andrea Tueni

Diplômé du Master en Finance de marché de Sup de Co Reims, Andrea Tueni rejoint Saxo Banque France en[...]