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Midterms : victoire à la Pyrrhus pour Trump ?

  • Revirement de situation : les républicains pourraient être les grands vainqueurs des midterms
  • L’économie américaine comporte des poches de fragilité : l’automobile et l’immobilier
  • Le déficit américain est le plus grand problème des Etats-Unis à long terme

Le grand chelem pour Trump ?

Quiconque a déjà participé à une campagne électorale de l’intérieur sait parfaitement que ce sont les dernières semaines de campagne qui sont décisives. C’est ce que nous prouvent une nouvelle fois les midterms aux Etats-Unis.

Si j’avais écrit cette analyse il y a trois semaines, mon opinion aurait sûrement été que les démocrates ont de fortes chances d’avoir la majorité à la Chambre des représentants et que le Sénat devrait rester aux mains des républicains. Le rapport de force au Sénat n’a pas évolué. En revanche, à la surprise générale, les sondages indiquent que les républicains opèrent une impressionnante remontée à la Chambre. La majorité pour les démocrates n’est désormais plus certaine. Sur les 69 sièges de représentants indécis, les républicains sont revenus à hauteur quasiment partout. La victoire pourrait donc se jouer à seulement une poignée de sièges (entre 4 et 8 sièges).

 

 

L’erreur des démocrates, même s’ils ont été portés dans certains Etats par des figures charismatiques comme Beto O’Rourke, est d’avoir voulu nationaliser le débat en pariant qu’un référendum anti-Trump leur donnerait un avantage décisif. C’est exactement le contraire qui s’est produit, avec une cote de confiance de Donald Trump qui est au plus haut, proche de 44%.

L’économie américaine est-elle aussi « great » qu’on le croit ?

La lame de fond qui porte les républicains et Donald Trump est la bonne santé de l’économie américaine. Le taux de confiance des consommateurs est proche de son point haut historique, les hausses de salaire retrouvent leur niveau d’avant-crise et le taux de chômage est sous son niveau de 2007, y compris le taux de chômage élargi (U-6) qui se situe à 7,5% en septembre de cette année contre 8% juste avant l’éclatement de la crise financière.

Pour autant, cela ne signifie pas que le risque de récession ne soit pas élevé dans les deux prochaines années. Depuis le début des années 1950, 7 des 10 derniers cycles économiques américains se sont achevés par un décrochage abrupt de la croissance en l’espace de seulement quelques trimestres. Il est rare que l’économie américaine connaisse un atterrissage en douceur qui permet plus facilement de repérer la fin de cycle.

La bonne tenue de l’économie américaine s’explique par l’effet massif de la réforme fiscale décidée par Donald Trump, qui continue de se diffuser aux PME et aux ETI, et par la hausse des importations avant la mise en place de nouveaux tarifs douaniers à partir de janvier prochain.

Si on omet les ventes automobiles et le secteur immobilier, Donald Trump a totalement raison, l’économie américaine est en parfaite santé. Le problème, c’est que ces deux segments économiques clés pour la dynamique de croissance montrent de sérieux signes de fragilité. Les ventes automobiles sont désormais en contraction, comparé à l’année dernière, ce qui va sérieusement compliquer la tâche des constructeurs pour écouler les modèles de 2018 et les nouveaux modèles de 2019.

 

 

Le plus inquiétant est le ralentissement du marché immobilier. Les ventes de logements existants connaissent leur sixième mois consécutif de baisse. Sur les vingt dernières années, cela ne s’était produit qu’à trois reprises : en 1999 (avant l’éclatement de la bulle internet), en 2007 (pendant la crise immobilière) et en 2013. Cette baisse continue est d’autant surprenante qu’elle intervient alors que la confiance du consommateur est à un point haut.

 

 

Jusqu’à présent, le marché a prêté très peu attention à l’accélération du ralentissement dans l’immobilier et l’automobile, trop occupé à scruter les derniers rebondissements géopolitiques des deux côtés de l’Atlantique. Il s’agit, pourtant, d’une évolution majeure, qui constitue un autre signal de la fin de cycle aux Etats-Unis et qui va peser sur la croissance américaine en 2019.

Déficit : faut-il s’inquiéter ?

A court terme, Donald Trump a une échappatoire : baisser les impôts pour la classe moyenne. Une annonce dans ce sens pourrait avoir lieu juste avant les élections de mi-mandat. L’avantage serait double : soutenir la consommation et la croissance, à l’instar des crédits d’impôt décidés par G.W. Bush et Obama (à la différence près qu’ils avaient lieu dans un contexte économique beaucoup plus dégradé) et mobiliser la base électorale du président juste avant une échéance politique cruciale. 

En businessman chevronné, Donald Trump le sait certainement : dans la stratégie d’entreprise, comme en politique, les gains à court terme sont souvent la cause de problèmes à long terme.

En appuyant sur l’accélérateur budgétaire, l’administration actuelle restreint sa capacité d’intervention lorsque la prochaine crise surviendra – ce qui est une question de quelques années tout au plus. Le déficit mensuel américain approche les 1000 milliards de dollars cumulés sur 12 mois, un niveau inédit en période de croissance élevée. Selon les projections établies par le Bureau du budget du Congrès, à tendance constante et sans récession d’ici là, le déficit mensuel américain pourrait retrouver son pic de la crise financière dans 10 ans.

 

 

En agissant ainsi, Donald Trump réduit sa capacité à mettre en place une politique budgétaire contracyclique lorsqu’elle sera le plus nécessaire. La réussite de l’économie américaine repose sur le fait qu’elle a toujours su marcher sur ses deux jambes (politique monétaire et politique budgétaire) en période de crise. L’action de la Fed a été indéniablement décisive pour permettre la reprise économique, mais c’est aussi le policy mix qui a permis à l’économie américaine de renouer avec une phase d’expansion à partir de 2010.

Les Américains ont tort de croire que les non-résidents vont perpétuellement continuer à financer leur train de vie. Même si cela prendra des décennies, et comportera de nombreux obstacles, le processus de dédollarisation est enclenché de manière inexorable. Les achats de bons du Trésor par des non-résidents ont diminué de moitié cette année et la part du dollar dans les réserves de change au niveau mondial a chuté à un point bas de 5 ans, à 62,5%. A long terme, le dollar américain conservera son statut de monnaie de réserve, mais il devra compter avec la concurrence du yuan chinois, et les investisseurs étrangers seront certainement beaucoup plus vigilants avant de financer l’abyssal déficit américain.

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec[...]