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Les Marchés Actions : À l’avenir, ne cherchez pas plus loin qu’en Chine

Par Peter Garnry

Le secteur de l'énergie n’est pas encore tiré d’affaire à la veille de ce quatrième trimestre, et nous recommandons aux investisseurs de sous-pondérer le Brésil. Sur un horizon à plus long terme, l'ouverture des marchés de capitaux chinois offre d'énormes opportunités et pourrait avoir un impact aussi important pour les investisseurs que la fin de la guerre froide.

«Dans les cinq décennies à venir, tout investisseur qui sous-pondère Chine et Inde, enregistrera des performances bien inférieures à celles des indices boursiers mondiaux »

« Les principaux leaders technologiques chinois qui devraient faire partie du portefeuille de tout investisseur, regroupent le spécialiste des réseaux sociaux et du gaming Tencent, le géant du commerce électronique Alibaba et le moteur de recherche Baidu.»

"Une réédition prochaine de 1989"

 

Dans nos perspectives pour le troisième trimestre, nous nous étions demandés si les actions étaient à l'abri d’un ralentissement. Malgré des signaux mitigés en provenance de Chine, dont les principaux indicateurs déclinent depuis mars, les actions mondiales ont continué à grimper atteignant des niveaux records. Les actions mondiales ont augmenté de 3% au troisième trimestre en monnaies locales. L’analyse prospective pour le quatrième trimestre est consacrée à cette envolée des actions et les risques qui lui sont liés. Nous nous concentrerons également sur la Chine et les perspectives offertes par l'ouverture des marchés de capitaux de ce pays.

Est-ce la fin du carnaval au Brésil?

Bien que les actions des marchés développés aient augmenté de 3% en monnaies locales, les marchés émergents ont été les grands gagnants, engrangeant des gains de près de 10% en monnaies locales, les actions brésiliennes faisant la course en tête et enregistrant une croissance impressionnante de 20% en réaux brésiliens. La baisse supplémentaire de 4% du dollar américain par rapport aux autres devises a constitué le principal moteur de la performance des marchés émergents. Un dollar plus faible améliore les conditions financières à l'échelle mondiale, ce qui favorise la croissance des marchés émergents avec des emprunts libellés en dollars américains.

 

La crise politique qui touche la présidence du Brésil prend de l’ampleur, mais elle n’a pas d’impact significatif sur la monnaie. Le marché boursier local a continué son rallye à mesure que les perspectives macroéconomiques se sont améliorées, avec un chômage fermement orienté à la baisse. Les valorisations ont été poussées jusqu’à atteindre des niveaux comparables à ceux des marchés boursiers américains, ce qui, de notre point de vue, est exagéré, compte tenu de la situation politique et du ralentissement potentiel à court terme venant de Chine, accompagné d’une décélération de la croissance du crédit. Dans ce contexte, nous recommandons aux investisseurs de sous-pondérer le Brésil au quatrième trimestre.

Le secteur de l’énergie n’est pas tiré d’affaire

En examinant la situation du secteur, on constate que le secteur énergétique a enregistré la troisième meilleure performance au troisième trimestre, gagnant près de 5% en monnaie locale dans un contexte de hausse des prix du pétrole. Cette croissance s’explique par une combinaison de facteurs, allant d’un dollar plus faible, en passant par l'ouragan Harvey qui a affecté l'approvisionnement en pétrole des États-Unis, et entraîné des craintes poussant à la hausse les prix du pétrole. Cependant, les niveaux actuels des prix sont soumis aux forces mondiales de l'offre et de la demande, et nous sommes d’avis que le pétrole n’offre plus maintenant qu’un intérêt limité, que nous détaillerons dans nos perspectives du dernier trimestre pour les matières premières. En conséquence, nous maintenons notre opinion négative sur le secteur énergétique. 

Une réédition prochaine de 1989

Alors que le monde a les yeux fixés sur une reprise apparente du terrorisme et une déstabilisation de la péninsule coréenne, la Chine progresse vers l'ouverture de son économie dans le cadre d’un plan à long terme pour ravir la première place des États-Unis comme superpuissance mondiale. L'impact sera aussi important pour les investisseurs que l’a été la fin de la guerre froide en 1989, qui s’est traduite par une augmentation rapide du volume du commerce mondial, tandis que de nouveaux marchés faisaient leur entrée dans l'Organisation Mondiale du Commerce.

Les dernières initiatives de la Chine pour ouvrir ses marchés de capitaux comprennent le dénommé «Bond Connect», qui permet aux gestionnaires de fonds étrangers d’accéder au marché des 9 billions de dollars de la dette chinoise, sans avoir à ouvrir un compte sur place. Le marché «Stock Connect» intègre déjà Hong Kong, Shanghai et Shenzhen, et a probablement motivé la décision de l’indice MSCI, d'ajouter 222 actions A chinoises à forte capitalisation dans son indice MSCI Emerging Market, et de faire passer ainsi le poids de la Chine de son niveau actuel à 29% . En outre, la Chine a été incluse dans le panier des droits de tirage spéciaux du Fonds Monétaire International, faisant entrer le renminbi parmi les monnaies de réserve mondiales. La Chine a également ouvert le secteur des fonds en permettant aux entreprises de gestion de portefeuille étrangères d’être propriétaires à 100% de gestionnaires de fonds locaux, ce qui a conduit des groupes de gestion, tels que Man Group, Bridgewater Associates et Fidelity International, à créer des fonds privés en Chine. En outre, les régulateurs chinois travaillent pour permettre prochainement aux compagnies d'assurance étrangères de proposer des assurances santé, retraite et accidents.

La Banque populaire de Chine devrait proposer une réglementation, au plus tard cette année, qui permette aux institutions financières étrangères de contrôler leurs joint-ventures financières locales et d'augmenter le plafond de 25% de participation étrangère dans les banques chinoises. La raison de cette évolution réside dans la croyance que si la Chine n'ouvre pas son économie, elle restera à la traine et ne sera pas compétitive à l'avenir.

 

Nous avons souligné dans une note de recherche récente qu’en se basant sur un taux d'urbanisation de la Chine de 56%, qui correspond à celui des États-Unis en 1930, la Chine devant elle plusieurs décennies de croissance à un taux supérieur à la moyenne. Au fur et à mesure de l’ouverture des marchés financiers chinois, les investisseurs mondiaux pourront participer à ce qui sera le siècle de la plus grande transformation, la Chine et l'Inde récupérant leur gloire passée en termes de richesse mondiale. La Chine est déjà la plus grande économie sur la base de la parité des pouvoirs d'achat. Dans les cinq décennies à venir, tout investisseur qui sous-pondère la Chine et l’Inde enregistrera des performances bien inférieures à celles des indices boursiers mondiaux.

Pour les investisseurs dans le monde développé, nous recommandons de surpondérer le secteur de la technologie car il demeure le secteur le moins réglementé et le secteur privé le plus essentiel. L'achat d'indices généralistes par le biais de fonds négociés sera toujours une bonne approche pour la majorité, mais la sur-pondération des entreprises publiques sera un frein pour la performance, lors de la transition vers une économie axée sur la haute technologie et les besoins du consommateur.

La Chine est déjà leader dans de nombreux domaines

Le Plan de Développement Chinois de l’Intelligence Artificielle, annoncé en juillet 2017, établit des objectifs politiques clairs en la matière, visant notamment à que la Chine devienne le leader mondial dans toutes les industries liées à l'Intelligence artificielle et à la robotique, d'ici 2030. Ce plan est une réponse directe à la hausse des salaires qui réduit la compétitivité de la Chine. Les salaires nationaux ont augmenté de 200% depuis 2006, soit 13% en rythme annuel, ce qui n’est pas supportable à long terme. Par conséquent, les fabricants chinois investissent déjà lourdement dans la robotique et les technologies d'automatisation. Les données globales suggèrent également que le rapport de  densité d’un robot pour 1 000 travailleurs est probablement corrélé avec une meilleure rentabilité de l'entreprise.

Il existe très peu d'entreprises chinoises cotées en bourse développant des activités dans le domaine de la robotique. Nous n’en avons repéré que quatre et toutes opèrent sur le territoire de la Chine continentale, ce qui rend difficile l'accès à leurs activités. La plus grande entreprise de robotique cotée en bourse se nomme Estun Automation dont la capitalisation est évaluée à 1,9 milliard de dollars. Si cette valeur est l'une des actions A incorporées à l'indice EM en 2018, les investisseurs mondiaux obtiendront une belle part de l'avenir de la robotique chinoise.

Les principaux leaders technologiques chinois qui devraient faire partie du portefeuille de tout investisseur regroupent le spécialiste des réseaux sociaux et du gaming Tencent  (00700:xhkg), le géant du commerce électronique Alibaba (BABA:xnys) et le moteur de recherche Baidu (BIDU:xnas).» Ces trois sociétés ont enregistré un chiffre d'affaires global de 64,8 milliards de dollars sur les 12 derniers mois, en hausse de 26,4% par rapport à l'année précédente. Elles occupent toutes trois des positions de leader dans leurs industries respectives et sont extrêmement profitables.

Dans le secteur des biens de consommation, les investisseurs peuvent trouver les leaders de demain en Chine. La plus grande entreprise de boissons Kweichow Moutai offre une valeur boursière à peine inférieure à 100 milliards de dollars et elle affiche une croissance de 23% par an, un rythme effrené qu’aucune société de boissons n’atteindra jamais dans l’occident développé.

Dans le secteur de la santé, l'une des plus grandes sociétés cotées en bourse est CSPC Pharmaceutical (01093: xhkg), avec un chiffre d'affaires de 1,7 milliard de dollars, une croissance de 14% en base annuelle et une capitalisation d'environ 10 milliards de dollars. C'est l'un des principaux laboratoires pharmaceutiques de Chine.

 

Peter Garnry

Peter Garnry est le Directeur de la stratégie Actions de Saxo Bank. Il publie toutes les semaines des analyses sur les plus fortes capitalisations boursières mondiales ainsi que des notes sur[...]