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Le Venezuela, en marche vers un inévitable défaut de paiement

Une économie dépendante de sa mono-industrie pétrolière qui représente 95% des exportations ;

Une inflation à hauteur de 700% entrainant des pénuries équivalentes à celles que connaissent les pays en guerre ;

Une explosion du marché noir des devises avec un taux de change de 700 bolivars pour un dollar contre un taux de change officiel de 6,3 bolivars pour un dollar ;

L’image que j’aime garder du Venezuela est celle-ci:

Mais c’est également :

- une économie dépendante de sa mono-industrie pétrolière qui représente 95% des exportations ;

- une inflation à hauteur de 700% entrainant des pénuries équivalentes à celles que connaissent les pays en guerre ;

- une explosion du marché noir des devises avec un taux de change de 700 bolivars pour un dollar contre un taux de change officiel de 6,3 bolivars pour un dollar ;

Pourquoi s’intéresser au Venezuela ?

C’est le meilleur cas d’école pour un économiste de ce qu’il ne faut pas faire en termes de gestion économique mais c’est aussi le symbole de la transition du pouvoir économique de l’Ouest à l’Est. Dans l’ancien pré-carré américain, la Chine avance patiemment ses pions et c’est grâce à Pékin que le Venezuela n’a pas encore fait faillite. Depuis 2009, ce sont près de 60 milliards USD de prêts qui ont été octroyés à Caracas (aujourd’hui encore, le Venezuela a bénéficié d’une rallonge de 5 milliards USD officiellement pour améliorer les capacités de production pétrolière mais il y a fort à parier que cette somme servira surtout à adoucir le quotidien des vénézuéliens juste avant l’élection législative de décembre que pourrait perdre le parti au pouvoir !).

La crise actuelle a été précipitée par le plongeon du prix du baril de pétrole. On le sait, le baril devrait rester bas pendant encore au moins cinq ans selon les modèles historiques. Cette période de chute des matières premières est aussi, généralement, annonciatrice d’une nouvelle crise.

En économie, il est toujours plus facile de faire des constations, des comparaisons historiques que des propositions de sortie de crise.

Au Venezuela, si une seule réforme devait être menée, il faudrait que ce soit la réforme monétaire. Plusieurs économistes soulignent la nécessité de mettre en place une caisse d'émission. C'est un système qui permettrait de caler le bolívar au dollar américain, cette dernière monnaie n'étant utilisée que pour les règlements internationaux. Un tel mécanisme a permis d'endiguer l'inflation dans les années 1990 dans plusieurs pays d'Amérique latine mais il a pour inconvénient de contraindre fortement la marge de manœuvre de la politique monétaire et a favorisé, notamment, le défaut de paiement de l'Argentine.

Il serait certainement plus judicieux d'instituer un mécanisme hybride en fixant le taux de change du bolívar par rapport à un panier constitué à 70% de dollar et à 30% de pétrole. Concrètement, le bolívar évoluerait à la fois en fonction du dollar américain mais également de l'évolution du prix du baril de pétrole, ce qui permettrait justement de prendre en compte la forte dépendance de l'économie nationale aux matières premières.

Le Venezuela est à surveiller de près. Si effectivement une nouvelle crise mondiale venait à apparaître (certains, dont je ne fais pas partie, craignent même le retour de la récession), le pays serait le premier domino à chuter.

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec une double formation française et polonaise,[...]