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Le ralentissement économique américain se précise (Credit Impulse/Mars 2018)

En savoir plus sur le Credit Impulse de Saxo Bank.

Le texte qui suit fait partie d’une nouvelle série de publications mensuelles proposée par Saxo Bank sur le credit impulse. Chaque article sera publié le premier jour de cotation de chaque mois.

La période de croissance américaine, qui dure depuis l’annonce des premiers signes de reprise par Ben Bernanke en 2009, est une des plus longues de l’histoire. Si elle se prolonge jusqu’en juillet 2018 (ce qui est plus que probable), elle aura duré neuf ans au total. Cela dit, les signaux d’alertes se multiplient, indiquant une économie en perte de vitesse.

 

Deux des trois indicateurs clés de l’économie américaine sont négatifs : le credit impulse (qui correspond au flux de nouveaux crédits émis par le secteur privé en % du PIB) et le profit impulse (correspondant à la valeur ajoutée nette moins la rémunération des employés).

 

 

Explication : Le credit impulse se calcule sur la base du volume de prêts accordés par le secteur non financier intérieur sur une base trimestrielle, afin d’obtenir un deuxième dérivé exprimé en pourcentage du PIB. Le capital impulse représente l’investissement fixe net en % du PIB. Le profit impulse correspond à la valeur ajoutée nette moins la rémunération des employés en % du PIB.

 

 

Le credit impulse américain, qui devance l’économie réelle de 9 à 12 mois, est en contraction depuis le T3 2017. Il s’établissait à 0,4 % du PIB au T2 avant de tomber à -0,7 % au T3. Une impulsion négative aussi marquée est sans comparaison avec celle enregistrée après la crise de Lehman Brothers mais reste néanmoins inquiétante. Cette tendance à la baisse pourrait être confirmée le 8 mars par la publication de données concernant les flux monétaires du secteur non financier américain au T4 2017 par la Fed. Le ralentissement est également visible au niveau de la demande de prêts commerciaux et industriels qui a baissé au cours des derniers trimestres pour atteindre 1,6 % en glissement annuel au T4 2017 contre 5,4 % au T4 2016, dans un contexte de durcissement des conditions de prêt et de retour à la normale de la politique monétaire.


 

Dans une économie à fort effet de levier telle que celle des États-Unis, le crédit est un facteur clé de la croissance. Au cours des prochains trimestres, un volume de crédit plus faible devrait entrainer une baisse de la demande et de l’investissement privé, même si cela est cependant susceptible d’être partiellement compensé par la réforme fiscale de D. Trump. Il existe une forte corrélation de 70 % entre le credit impulse et l’investissement fixe privé, ainsi qu’une importante corrélation de 60 % entre le credit impulse et la demande intérieure finale.

 

La contraction du Credit Impulse arrive à un moment clé pour l’économie américaine étant donné que le risque de retournement du cycle industriel ne cesse de croître depuis les six derniers mois. L’indice manufacturier américain, indicateur coïncident du cycle des bénéfices industriels, a sans doute déjà atteint son plus haut sommet. Après un niveau record depuis 13 ans atteint en septembre 2017 (60,2), il a légèrement baissé pour atteindre 59,1 en janvier de cette année.

 

 

L’association d’une contraction du credit impulse américain, d’une croissance plus faible même si elle reste positive des prêts commerciaux et industriels et le risque d’inversion de la courbe de rendements,= sont des signes clairs de l’approche d’une fin de cycle pour les États-Unis. Pour l’instant, ces indicateurs n’ont pas encore atteint des niveaux associés à un risque de récession, mais ils soutiennent l’hypothèse d’un ralentissement économique à venir, qui pourrait s’aggraver lorsque le déclin du credit impulse en Chine, observé depuis l’année dernière, affectera également la croissance mondiale en décalé.

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec une double formation française et polonaise,[...]