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La FED va garder ses options ouvertes ce soir

-La FED devrait garder ses options ouvertes et ne pas s’avancer sur une date précise de relèvement des taux ;

-Le modèle GDPNow confirme les bonnes prévisions de croissance ;

-La baisse du taux d’intérêt réel neutre plaide en faveur de taux proches de zéro sur la longue durée.

 

Trois économistes sur quatre s’attendent à une hausse des taux de la FED en septembre. Aujourd’hui, la banque centrale américaine va certainement confirmer la perspective de reprise économique, qui ne fait plus de doutes au regard des récents chiffres des ventes au détail et des revendications chômage, et surtout de l’évolution du modèle GDPNow de la Réserve Fédérale d’Atlanta qui montre que le PIB américain se redresse, confirmant les prévisions optimistes des économistes.

 

En revanche, la FED devrait être particulièrement prudente dans sa communication afin de laisser la porte ouverte à une hausse des taux lorsqu’elle le jugera opportun. Il faudra éviter à tout prix de sembler être dépendant du consensus qui table sur un durcissement monétaire à la rentrée. Ceux s’attendant à une confirmation précise de la date du premier relèvement des taux pourraient être déçus ce soir. La FED fera son possible pour garder ses options ouvertes.

 

Au demeurant, il nous parait très improbable que la banque centrale américaine s’avance trop à ce propos alors que le dossier grec reste en suspens et qu’un scénario catastrophe, bien que peu probable, ne peut pas être complètement exclu au fur à mesure qu’approche l’échéance du 30 juin. Bien que le risque de contagion soit limité, en raison de la faible exposition directe du secteur privé, la Grèce est une donnée incertaine que doivent prendre en compte tous les banquiers centraux.

 

Ces derniers mois, la FED s’est évertuée à faire passer le message que ce qui importe n’est pas la date du premier durcissement monétaire mais bien le maintien sur le long terme de taux bas. Sans succès. L’obsession du marché au sujet de la première hausse des taux depuis neuf ans demeure. La FED devrait donc, encore, devoir faire preuve de pédagogie ce soir. Elle devrait rappeler que l’ère des taux bas n’est pas finie, cherchant ainsi à éviter des perturbations sur les changes et également sur les marchés financiers des pays émergents.

 

La banque centrale américaine surveille bien-sûr les fondamentaux macroéconomiques de base (inflation, taux de chômage, PIB etc...) mais prend également en compte le taux d’intérêt réel neutre. Il s’agit du taux théorique qui doit permettre à l’économie américaine de fonctionner à pleine capacité de production sans provoquer une hausse de l’inflation au-dessus de la cible officielle de 2%.

 

Avant la crise, il était estimé à 4,5%. Aujourd’hui, il n’est plus qu’à 3,25%. La baisse constatée au cours des dernières années du taux d’intérêt réel neutre reflète le repli des pressions inflationnistes et surtout la diminution de la croissance du PIB potentiel à 2% entre 2015 et 2025 selon les projections du Bureau du Budget du Congrès américain. La chute du taux d’intérêt réel neutre est plutôt propice au maintien sur la durée de taux proches du cours plancher.

 

Très concrètement, cela signifie que l’économie américaine n’a pas encore atteint son plein potentiel de croissance et qu’une politique monétaire accommodante est nécessaire pendant encore plusieurs trimestres voire plusieurs années. Il est donc très improbable que le cycle de hausse des taux soit similaire à celui enclenché en 2004 qui avait conduit à une augmentation des taux de 1% à 5,25% en l’espace de deux ans.

 

Le nouveau cycle qui est sur le point de s’enclencher outre-Atlantique a une très faible probabilité de provoquer un krach boursier tant le rythme de progression sera limité et progressif. Il nous apparait évident que la FED va effectuer cette transition de politique monétaire avec succès.

 

Andrea Tueni

Diplômé du Master en Finance de marché de Sup de Co Reims, Andrea Tueni rejoint Saxo Banque France en[...]