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La Fed est condamnée à décevoir

Peu importe au final la décision de la Fed à l'issue de sa réunion des 20 et 21 septembre, elle est condamnée à décevoir les intervenants de marché. L'absence de durcissement monétaire pourrait être interprétée comme le signe que l'économie américaine n'est pas en aussi bonne santé qu'on le croit. A l'inverse, une hausse des taux signifierait un coût du crédit plus élevé même si, dans les faits, les conditions resteront toujours attractives pour les investisseurs. 

Depuis le 13 septembre, les membres du FOMC n'ont plus le droit de s'exprimer publiquement, le marché en est réduit à spéculer sur l'issue de la prochaine réunion, au gré des indicateurs. Bien qu'il soit indéniable que le rythme de croissance du PIB outre-Atlantique soit inférieur à la période avant-crise, mais surtout aux précédentes phases de reprise économique, il y a de solides arguments en faveur d'une hausse des taux dès septembre.

5 solides arguments en faveur d'un durcissement monétaire:

1° Le marché du travail est dans une situation optimale. La décélération des créations d'emplois observée en août (151k) par rapport à juillet (275k) ne doit pas être sur-interprétée. En effet, il ne s'agit que d'une première estimation qui peut être revue à la hausse lors de l'estimation finale, comme ce fut le cas pour le mois de juillet, et qui ne remet pas en cause la bonne performance des derniers trimestres. En outre, il est courant que les créations d'emplois en août soient inférieures au consensus. Depuis 1999, cela s'est produit à 13 reprises. La banque centrale américaine n'ignore certainement pas ce fait, c'est pourquoi un relèvement des taux parait toujours crédible ce mois-ci;

2° Le taux du chômage officiel à 4,9% est proche du NAIRU, niveau auquel l’économie est en équilibre et les pressions inflationnistes ne sont ni à la hausse ni à la baisse. Même si l’importance du NAIRU a diminué dans la gestion de la politique monétaire, plusieurs membres du FOMC surveillent toujours cet indicateur théorique qui indique que c’est le moment d’augmenter les taux;

3° Les indicateurs de stress financier montrent que les marchés sont plutôt sur une bonne tendance. L’indicateur de stress financier de la Fed de Saint Louis est proche de son point bas historique depuis sa création en décembre 1993;

4° Les prévisions économiques, qui constituent il faut bien le reconnaître toujours un exercice délicat, indiquent un renforcement de l’activité, en particulier sous l’effet de la consommation des ménages et des dépenses de biens durables. Ainsi, l’indicateur GDPNow de la Fed d’Atlanta indique une hausse de l’activité de 2,9% pour le troisième trimestre.

5° Enfin, les investisseurs doivent garder à l'esprit que la Fed est dans une position délicate. La banque centrale doit augmenter les taux avant qu’il ne soit trop tard et que les Etats-Unis entrent en phase de ralentissement économique. Son erreur stratégique est certainement d’avoir attendu trop longtemps avant de monter les taux. La situation économique était assez bonne à l’été 2015 pour resserrer la politique monétaire. La Fed a probablement perdu quelques mois précieux, ce qui pourrait compliquer sérieusement sa tâche quand elle devra agir afin d’éviter un ralentissement économique trop important. Elle ne pourra pas intervenir via le canal des taux d’intérêt car ils sont déjà très bas donc elle sera obligée de commencer un nouveau programme de rachat d’obligations qui a beaucoup d’inconvénients, notamment celui de pousser à la hausse les prix des actifs financiers.

 

 

 

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec une double formation française et polonaise,[...]