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L’industrie de la gestion d’actifs en mutation - Les FinTech: menace ou opportunité ?

Retrouvez le déroulé de la table ronde du Forum de l'Asset Management 2016, organisée par les Echos Events, avec la participation de Pierre-Antoine Dusoulier (Saxo Banque) Lior Dehry (New Alpha Management) et Mourtaza Asad-Zyed (Yomoni) sur le thème : l'industrie de la gestion d'actifs en mutation ; les FinTech: menace ou opportunité?

 

Les Fintech représentent-elles une menace ou une opportunité pour l’industrie de la gestion d’actifs ? Visiblement le sujet intéresse beaucoup les acteurs du secteur.

Pour preuve le lancement d’un fonds de capital-risque spécifiquement dédié aux FinTech en fin d’année dernière par New Alpha AM. Lior Derhy,  administrateur New Alpha Management explique que dans un contexte où les  solutions de financement « early stage » adaptées pour accompagner les projets FinTech sont rares, NewAlpha Asset Management  a lancé un FPCI (Fonds Professionnel de Capital Investissement) entièrement dédié aux FinTech. L’ambition : devenir l’acteur français de référence de l’investissement dans ce domaine. NewAlpha AM, dont les principaux actionnaires sont La Française AM et OFI AM capitalise sur une équipe et une organisation dédiée ; l’équipe FinTech associe l’expertise dans les métiers de l’industrie financière et dans les nouvelles technologies aux best practices du Private Equity et de l’incubation.Ce fonds sera prioritairement investi dans des entreprises françaises non cotées dans les secteurs des FinTech et vise une taille de 60 millions d’euros.

Mourtaza Asad Syed, avec Yomoni, propose des services de gestion pour l’assurance-vie et depuis peu pour le PEA et le compte-titres. Ils concurrencent donc directement l’industrie de la gestion d’actifs. En même temps, ils sont très proches des banques et des sociétés de gestion. Dans ce contexte, comment s’intégrer à l’écosystème bancaire tout en le bousculant ? Mourtaza nous explique la difficulté de travailler dans l’écosystème bancaire sans être une banque (premier intermédiaire pour le paiement, principales sociétés de gestion, etc.). Le vrai défi est le suivant : comment être producteur et distributeur à la fois ?

Dans ce contexte, les robots-advisors émergent. Sont-ils une menace pour la gestion d’actifs ?  Pierre-Antoine Dusoulier considère que non, bien au contraire. Ils sont à la frontière entre la gestion et le courtage et répondent aux besoins de beaucoup d'investisseurs. Saxo Bank a d’ailleurs déjà lancé au Danemark, aux Pays-Bas et en Italie l’offre Saxo Select et la France devrait suivre très prochainement. Saxo Banque proposera alors aux investisseurs une solution de robots-advisors, leur laissant le choix entre plusieurs stratégies de gestion. Le challenge sera alors de réussir à adresser d'autres utilisateurs que les early adopters, avec des portefeuilles plus importants. En effet cette offre peut nécessiter une appétence au digital, moins répandue chez les investisseurs traditionnels clients des sociétés de gestion. Qui plus est, il existe deux autres biais chez les « early adopters » : ce sont principalement des hommes et qui habitent Paris, ce qui génère une super concentration des investisseurs. Il faut donc réussir à faire bouger les lignes et la technologie peut être le vecteur le plus efficace pour faire croître ce segment.

Les FinTech peuvent-elles rester indépendantes ? Ou doivent-elles nécessairement se faire racheter?

D’après Pierre-Antoine Dusoulier, cela dépendra de la vitesse de leur croissance et la capacité à convaincre encore les investisseurs. Mais elles sont en bonne voie et le phénomène d’ « ubérisation » pour le secteur bancaire risque de se confirmer bientôt. Le parallèle peut largement être fait avec d'autres économies comme celles du tourisme où les intermédiaires aux grands groupes leaders dans le tourisme ont su trouver leur place.

Enfin, lorsque l’audience évoque les barrières à l’entrée ou le challenge pour des grands groupes bancaires de prendre le tournant des fintech,  Mourtaza Asad Syed répond que ce n’est pas une question de barrière mais de volonté de le faire. En exemple, France Telecom, grand groupe qui avait tous les atouts et aurait très bien pu lancer une offre comme celle de Free. Cela  nécessite de revoir le business model mais sur le long terme cela pourrait être salvateur. Un peu comme pour les banques aujourd’hui qui doivent remettre en question le principe même de l’agence bancaire.