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François Hollande avait raison : « Ça va mieux »

Ça va mieux – c’est le nouveau mantra français.

 

Quelques mois avant l’élection présidentielle, le président sortant François Hollande, qui n’avait pas encore annoncé qu’il ne se représenterait pas, répétait en permanence et à chaque occasion possible que « ça va mieux ». A l’époque, cependant, beaucoup de personnes étaient assez sceptiques, ce qui explique en partie la mauvaise performance du parti socialiste le jour du scrutin.

 

Pourtant, François Hollande avait raison: ça allait et c’est en train d’aller mieux en France ! En réalité, le redressement a débuté milieu 2014 sous l’effet de la politique monétaire accommodante de la Banque Centrale Européenne, de la croissance mondiale plus élevée ainsi que, dans une moindre mesure, de la politique économique mise en œuvre par le gouvernement français.

 

Emmanuel Macron est un homme chanceux. Il n'a pas encore fait ses preuves et pourtant la situation économique est au beau fixe. C’est la première fois depuis 2011, que la croissance du PIB est si élevée (1,8% en 2017) et que pratiquement tous les indicateurs économiques suivent une tendance positive.

 

Macro: de mieux en mieux.

Le secteur manufacturier, qui représente 10% de la valeur ajoutée brute, augmente. Cela s'explique principalement par la hausse de la demande étrangère.

 

L’avenir s’annonce plutôt positif. Depuis octobre 2000, l'enquête INSEE sur les attentes générales de production est à son niveau le plus élevé, ce qui constitue un très bon signe en termes d'investissement et d'emploi.

 

Par conséquent, nous observons une diminution lente du chômage  concernant  tous les secteurs de population, mais surtout parmi les jeunes de moins de 25 ans (où le taux de chômage est encore très élevé).

 

En outre, l'indicateur le plus important pour analyser le marché du travail, le taux d'emploi, est à son point culminant depuis 1980. Pour l'instant, les emplois créés sont essentiellement des contrats à durée déterminée, ce qui reflète une certaine fragilité de la reprise économique. On considère généralement qu'une croissance d'environ 1,7%  est suffisante pour réduire le chômage en France, mais nous ne devrions pas nous attendre à une baisse significative à moyen terme, car l'économie a aussi besoin d’absorber un niveau élevé de nouveaux entrants sur le marché du travail (environ 750 000 personnes / par an).

 

La balance commerciale de la France nous rappelle que la perfection n'est pas de ce monde. Malgré les mesures mises en œuvre pour renforcer la compétitivité du pays et réduire les coûts de la main-d'œuvre, la détérioration de la balance commerciale, ayant  débuté il y a 17 ans, se poursuit avec un déficit attendu à  60 milliards d'euros en 2017. C’est une conséquence directe à la baisse de la base industrielle depuis les années 2000.

 

Le problème économique numéro un de la France est que la croissance plus élevée du PIB entraîne inévitablement une augmentation des importations de biens de consommation et de machines-outils  qui ne sont presque plus produites en France. En d'autres termes, lorsque l'économie se raffermit, la reprise contribue principalement à la croissance du PIB des partenaires commerciaux, en particulier l'Allemagne.

 

La réduction des coûts du travail était évidemment nécessaire, mais je crois bien  que c'est une bataille perdue d’avance car il y aura toujours un autre pays capable de produire des produits de qualité intermédiaire à un prix moins élevé qu’en France.

 

Il faudrait évoluer vers une «économie de la connaissance»  et favoriser une productivité plus élevée « vers l’infini et au-delà… »

 

 

CAC 40

 

En ce qui concerne le marché boursier français, la dynamique économique nationale n’exerce jamais une influence décisive. La politique monétaire expansionniste a eu un effet magique sur la bourse contribuant à ce que le CAC 40 casse sa ligne de tendance baissière de long terme. Malgré les tensions politiques au cours du premier semestre en raison de l’élection présidentielle, l'indice CAC 40 affiche une hausse respectable de 10% depuis janvier et est susceptible de finir l'année au-dessus de 5 400 points.

 

Cependant, sur le court terme, l'indice pourrait connaitre une consolidation. Après quatre semaines consécutives de gains, le marché doit nécessairement faire une pause avant de reprendre le chemin de la hausse.

Le mois d’octobre, traditionnellement très volatil, peut être propice à un tel mouvement, surtout dans le contexte géopolitique actuel.

 

La réforme fiscale cruciale de Macron

Tout observateur sait que la tradition républicaine veut qu’à chaque alternance politique, le nouveau gouvernement détricote le travail de son prédécesseur et créé de nouvelles taxes.

 

Emmanuel Macron n’a pas dérogé à cette tradition en modifiant les prélèvements obligatoires et en créant de nouvelles niches fiscales pour un montant record de 100 milliards d’euros. Cette liste de Prévert inclut une exonération de la taxe d’habitation pour 80% des ménages, la réduction du taux d’IS de 33 % à 25%, des taxes plus élevées sur le tabac et l’énergie, la modification de l’ISF… et l’introduction d’une flat tax à 30%.

 

(Actuellement, le taux d'imposition sur le capital, tout inclus, est de 40% en France contre 28% aux États-Unis et 26% en Allemagne et en Italie!)

En introduisant une flat tax, Emmanuel Macron vise à stimuler l'innovation (comme ce fut le cas en Suède), mais il cherche également à renforcer les fonds propres des entreprises françaises, plus  particulièrement des PME. L'impact économique est encore difficile à estimer, mais il est certain que cette réforme est un pas de plus dans la bonne direction.

 

Comme le notait l'ancien gouverneur de la banque centrale polonaise, Marek Belka, lorsque je l’avais rencontré  il y a quelques années ; «le taux d'imposition en France peut être assimilé à de l'expropriation, même les Soviétiques ne seraient pas allés aussi loin».

 

 

Un nouveau paradigme

Emmanuel Macron est le premier politicien français à faire un diagnostic solide des changements structurels à l’œuvre dans l’économie. À l'occasion de son discours sur l'Europe à la Sorbonne, il a résumé parfaitement les défis économiques auxquels l'UE est confrontée: la robotisation, le changement climatique, le numérique, l'optimisation fiscale des GAFA, la transition énergétique ainsi que la cyber-sécurité.

 

L’accord que Macron a fait avec Merkel est simple : «Je mets en place des réformes structurelles en France, mais l'Allemagne doit aller de l'avant au niveau de  la construction européenne». Pour l'instant, une croissance solide du PIB en France offre une marge de manœuvre considérable à l’exécutif puisque l'impact négatif de la libéralisation sur les populations les plus défavorisés et les plus vulnérables sera plus faible que pendant la crise.

 

Cependant, le Trésor français a sonné la sonnette d'alarme il y a deux semaines en révisant à la baisse la croissance potentielle du PIB du pays à seulement 1,25% pour la période 2017-2020 contre 2% avant la crise.

 

A terme, il est évident que la croissance du PIB s'alignera sur la croissance potentielle, à moins que des réformes correctes ne soient mises en œuvre.

 

À mon avis, l'objectif économique de Macron devrait être de révolutionner l'économie française («Révolution», après tout, était le titre de son livre).  Au cours de la dernière décennie,  la croissance annuelle moyenne de la productivité a été de 0,45% en France contre 0,76% en Allemagne, ce qui est trop faible pour favoriser une croissance potentielle plus élevée et donc payer les retraites et financer le généreux système de santé à long terme.

 

La France doit moderniser son économie et embrasser la robolution. Selon l'IFR (Fédération Internationale des Robots), la France va représenter seulement 1,08% du marché de la robotique en 2019 contre 2,1% pour l'Italie, 6% pour l'Allemagne et 38,6% pour la Chine.

 

La France ne peut se permettre de passer à côté de la révolution technologique en cours. Malheureusement, le faible niveau d'investissement des entreprises ne permet pas d’être empreint d’un fort optimisme. La France aime se définir comme une « start-up nation », mais la réalité c’est que sa croissance récente a principalement été basée sur des emplois peu qualifiés notamment dans le secteur des services.

 

Christopher Dembik, responsable de l'analyse macroéconomique  chez Saxo Bank

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec[...]