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Echos d’Europe Centrale et Orientale

Par Christopher Dembik, Responsable de la Recherche Economique, Saxo Bank.

De retour d’un roadshow investisseurs en Europe Centrale et Orientale…voici mon premier ressenti:

 

- Très surpris par la vitalité de la société civile qui, dans un contexte politique qu’on connait tous, apparait de plus en plus comme le principal contre-pouvoir, remplaçant ainsi de facto les partis politiques d’opposition qui sont souvent discrédités par leur gestion gouvernementale passée. Fait inquiétant toutefois, le gouvernement polonais cherche à revenir sur la privatisation d’un des principaux quotidiens du pays, Parkiet (classé au centre-gauche, équivalent du journal Le Monde en France), qui a eu lieu à la fin des années 90. Il a mis en place un groupe de travail composé de juristes afin de contester la légalité de la procédure passée, ce qui permettrait une nationalisation sans indemnisation des propriétaires actuels. 

 

- A chaque fois que je vais en Pologne, je constate la même envie de réussir, une volonté intacte d’innover, ce qui constitue un fort contraste avec l’atmosphère qu’on peut constater en France. De fait, la croissance se porte très bien en Europe Centrale et Orientale mais, force est de constater que c’est en grande partie le résultat de l’arrivée continue des fonds européens. Même si la croissance va rester vive en 2018 dans cette région, elle devrait marquer le pas. Le pays paradoxalement le plus vulnérable est celui qui affiche une très bonne hausse du PIB actuellement: la Hongrie. En effet, la croissance du PIB réel est nettement supérieur au PIB potentiel. Par conséquent, il faut s’attendre dans les années à venir à ce que la croissance ralentisse nettement, à moins que des mesures en faveur d’un accroissement de la productivité ne soient mises en oeuvre, ce ne figure pas à l’agenda du gouvernement jusqu’à présent. A l’approche des législatives du printemps 2018, le Premier ministre Viktor Orban semble plutôt prompt à favoriser la demande que l’investissement. Clientélisme classique.

 

- Le principal défi pour ces économies reste le déclin démographique et donc la réduction de la force de travail disponible. La Pologne a trouvé un palliatif temporaire avec l’arrivée massive d’immigrants ukrainiens et attend beaucoup de l’arrivée des Polonais vivant actuellement au Royaume-Uni. Il s’agit, sur ce dernier point, d’un pari à haut risque puisqu’à en croire plusieurs sondages, entre 70% et 80% des Polonais résidant outre-Manche n’envisagent pas de retour au pays même du fait du Brexit. Parallèlement, le gouvernement a mis en place récemment une politique nataliste similaire à celle de la France: le programme 500+. Il s'agit du versement mensuel de 500 zlotys par enfant à partir du deuxième, soit environ 120 euros. Cette mesure est vivement contestée dans les rangs les plus libéraux du parti au pouvoir du fait du poids qu’elle fait peser sur les finances publiques. Il n’est pas garanti que cette politique nataliste soit un succès et parvienne à élever durablement le taux de natalité qui est actuellement de 1,32 enfant par femme (source: Banque Mondiale). En France, le bilan après plusieurs décennies est plutôt positif mais lorsque la Suède a suivi cette voie dans les années 80, l’effet ne fut que très temporaire. L’Europe Centrale et Orientale apparait très mal préparée au déclin de la population active puisque la plupart des pays de la région ne semblent pas disposés à ouvrir un vrai débat sur l’immigration et, également, n’engagent pas les réformes nécessaires pour accroître la productivité et qui mettent, comme on le sait parfaitement, plusieurs années avant d’avoir un effet économique vertueux. 

 

-  L’année 2018 pourrait marquer un raidissement des relations entre Varsovie et l’Europe de l’Ouest. Des rumeurs au Parlement polonais évoquent de manière de plus en plus insistantes le remplacement du Premier ministre actuel Beata Szydło par Jarosław Kaczyński, président du parti au pouvoir PiS. Il ne fait pas de doute qu’il manoeuvrait en coulisse et continuait de gouverner mais le simple fait qu’il puisse revenir sur le devant de la scène européenne devrait certainement attiser encore davantage les tensions avec Paris qui souhaite aller de l’avant au niveau de la construction européenne.goo

 

- Atmosphère politique quand même pesante en Hongrie. Sur la route de l’aéroport de Budapest, les panneaux anti-Soros étaient répartis quasiment tous les 500 mètres. L’approche de l’élection législative ne favorise clairement pas l’expression de voix dissidentes. 

 

- En termes d’investissements, il faut reconnaître que le zloty polonais n’a plus l’attrait d’il y a quelques années. Dans un contexte de taux bas généralisés, le zloty (PLN) n’est plus utilisé dans les stratégies de carry trade. Sauf sursaut du risque géopolitique dans la région, nous anticipons un renforcement du PLN et du HUF l’année prochaine. Notre cible pour l’EURPLN est à 4,19 puis ensuite 4,15 à moyen terme. En ce qui concerne le HUF, notre cible à long terme est à 302 face à l’EUR. Le renforcement du HUF résulte de la combinaison principale de trois facteurs: une croissance réelle au-dessus de son potentiel, une inflation sous-jacente maîtrisée jusqu’à présent, et surtout une politique monétaire qui devrait se resserrer au second semestre de l’année 2018. Sur ce dernier point, nous avons une approche contrariante par rapport au marché qui table toujours sur une politique monétaire très accommodante en 2018. Nous justifions notre vision par le fait que la croissance au-dessus du potentiel va finir par pousser à la hausse l’IPC au-delà des attentes, forçant par conséquent la banque centrale à agir en resserrant sa politique monétaire.

 

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec une double formation française et polonaise,[...]