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Devise à l’honneur cette semaine : le yuan chinois (CNY)

Depuis le début d’année, les ventes de dollars et la hausse du taux directeur officiel de la banque centrale chinoise, ont fait monter le yuan de 2,3 %, le rapprochant de son plus haut niveau par rapport au dollar US depuis le T3 2015. Le consensus s’attend toutefois à ce qu’il s’affaiblisse si la Réserve fédérale américaine continue de resserrer sa politique monétaire. Il est fort probable qu’à partir de mars, la Fed relève au minimum ses taux d’intérêt pour la troisième ou quatrième fois cette année, selon l’évolution de l’inflation aux États-Unis, Il est toutefois prématuré de tirer des conclusions sur les tendances de l’inflation étant donné la relative volatilité des données mensuelles.

 L’autre élément qui pourrait déclencher une baisse du yuan est la perspective d’un fléchissement de la croissance du PIB chinois. De plus en plus de données corroborent nos prévisions d’un ralentissement économique au cours des prochains trimestres. Notre indicateur préféré à savoir l’impulsion du crédit, qui devance l’économie réelle de 9 à 12 mois, affiche actuellement une contraction en Chine. L’indice du volume des échanges commerciaux à Hong Kong, considéré comme un bon indicateur du commerce chinois grâce à sa position de port intermédiaire, s’inscrit également à la baisse depuis début 2017.  En outre, un nombre étonnamment élevé de projets d’infrastructure ont été arrêtés ou annulés depuis le 19e Congrès, dans la lignée d’une stratégie privilégiant la qualité plutôt que la quantité en termes de croissance (par exemple en Mongolie intérieure). Ces mesures auront des répercussions négatives sur le secteur privé et, en bout de chaîne sur la croissance, ces projets d’infrastructure représentant environ 20 % du total des investissements en immobilisations. 

 S’agissant de la politique monétaire, on s’attend à court terme au maintien du statu quo. Afin de réduire le niveau d’endettement de l’économie, la banque centrale chinoise a relevé les taux des prêts à moyen terme deux fois l’an dernier. De légers ajustements pourraient intervenir courant 2018 en raison du ralentissement de la croissance. Si tel était le cas, le taux de prise en pension à 7 jours, faisant office d’indicateur pertinent des liquidités en Chine, devrait d’après nous devenir plus pertinent comme référence pour la politique monétaire.

 Graphique : Cours CNY/USD par rapport au cours CNH/USD

 En 2015 et 2016, les inquiétudes mondiales à l’égard de la Chine portaient surtout sur les sorties de capitaux et la dévaluation du yuan. Le graphique ci-dessous montre l’évolution entre le yuan onshore et le yuan offshore. L’écart qui s’était creusé en 2014 et 2015, a déclenché une forte dévaluation qui est complètement comblée depuis le premier trimestre 2016, confirmant alors la migration de la Chine vers une plus grande stabilité monétaire et financière. Par conséquent, les interventions sur le marché des changes se sont fortement réduites en 2017 tandis qu’octobre 2017 marquait le premier mois depuis la crise financière, dépourvu d’intervention sur le marché de la part de la banque centrale chinoise.

Cette année, le vrai danger pour le yuan ne vient clairement pas de la fuite des capitaux, mais plutôt du risque d’une remontée des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, élément non pris en compte par le marché. Ces dernières semaines, les États-Unis et la Chine ont adopté une position plus agressive en matière de politique commerciale. Une escalade, plus probablement déclenchée par les États-Unis, ne peut être exclue.

 

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec[...]