-

Désolé, Mario Draghi ne sortira pas de lapin de son chapeau

 Par Christopher Dembik, Responsable recherche macroéconomique, Saxo Bank

La situation économique en zone euro nécessite-t-elle une action ?

Il n’y a pas d’urgence absolue même si les risques de ralentissement de l’activité sont toujours bien présents. En fait, la BCE va profiter de la collecte de données économiques récentes afin de dresser un panorama global pour la zone et ajuster ses prévisions. Elle devrait notamment se focaliser sur l’effet du programme de rachat d’obligations d’entreprises (CSPP) lancé en juin dernier et qui a connu un grand succès jusqu’à présent. Les rachats d’obligations atteignent 7 milliards d’euros par mois et concernent en majorité des entreprises notées BBB1 ou moins. Un tel montant est plutôt remarquable dans la torpeur de l’été. Ce bilan sera l’occasion pour la BCE de modifier à la marge le programme de stimulus actuellement mis en œuvre.

Quelles sont les mesures qui peuvent être annoncées ce mois-ci ?

Il y a, de notre point de vue, 100% de chances pour que la BCE ouvre la porte à de nouvelles mesures lors de sa réunion du 8 septembre. Le scénario le plus probable repose sur une extension de six à neuf mois du QE qui devait initialement se terminer en mars 2017, et sur l’augmentation de la limite de détention par émetteur à 50% contre 33% actuellement. Cela permettrait à la BCE de racheter plus d’obligations souveraines allemandes et ce serait une décision, en outre, cohérente avec l’extension du programme de rachats d’actifs. Nous ne pouvons pas exclure une nouvelle baisse du taux de dépôt mais il s’agit d’un outil à utiliser avec précaution, comme l’a fait remarquer le dernier rapport du FMI sur la situation économique de la zone euro, du fait de son impact négatif sur la rentabilité du secteur financier. Pour cette raison, il est probable que la BCE s’abstienne d’utiliser cet instrument à court terme.

Quelle évolution future pour la politique monétaire ?

A long terme, l’évolution la plus logique de la politique monétaire de la BCE consiste à augmenter le montant mensuel du CSPP afin de faire baisser encore plus les coûts d’emprunt et d’investissement pour les grandes entreprises. A ce niveau, la Banque d’Angleterre a déjà montré la voie en annonçant dans la foulée du Brexit un plan de rachat d’obligations d’entreprises ambitieux. La BCE a toutefois conscience que les problèmes d’emprunt concernent davantage les PME, qui ont peu accès aux marchés financiers, que les grands groupes qui profitent de l’aubaine des taux bas pour accumuler du cash et effectuer des rachats d’actions. De fait, une augmentation du montant du CSPP devrait être, dans tous les cas, raisonnable. Si nécessaire, la BCE peut également opérer de nouveaux ajustements, qu’il s’agisse du taux de dépôt ou de la suppression de l’interdiction de racheter des obligations ayant un taux négatif inférieur à -0,40%. La possibilité que la banque centrale s’oriente vers un rachat d’actions nous parait, en l’état actuel, fortement improbable et non souhaitable car cela ne permettrait pas d’obtenir les résultats macroéconomiques recherchés. Le prochain levier à actionner est, comme nous le répétons régulièrement, le levier budgétaire. « Ce n’est pas que les banques centrales ont eu tort de faire ce qu’elles ont fait, c’est que ce qu’elles ont fait ne pouvait pas être suffisant pour restaurer la demande après une période de récession associée à une hausse substantielle de l’endettement », comme l’a rappelé le gouverneur sortant de la RBA. Il a ainsi parfaitement résumé en une phrase le principal problème de l’économie mondiale : la politique monétaire a remplacé la politique budgétaire depuis 2007 mais ce n’est pas suffisant pour renforcer la demande nominale et la croissance. La politique budgétaire est aussi nécessaire pour stimuler l’économie. 

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec une double formation française et polonaise,[...]