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Credit Impulse UK - Les douze travaux de May

La vague d’optimisme que nous avons observée hier suite à l’annonce d’un accord sur le Brexit était clairement prématurée. L’avertissement du Premier ministre écossais était déjà la marque d’un rejet de la part d’une partie de la classe politique britannique. A l’heure actuelle, tout indique que le Premier ministre May ne va pas réussir à faire adopter par le Parlement l’accord négocié avec l’UE, notamment en raison de l’opposition des unionistes d’Irlande du Nord et d’une partie des conservateurs. La situation politique est toujours très compliquée et confuse, mais il semble que la question de l’Irlande du Nord reste un point majeur d’achoppement. Afin d’avoir le soutien du Parlement, Theresa May a besoin d’un nombre important de députés de l’opposition votant en faveur de l’accord, ce qui représente une tâche colossale et probablement impossible. Selon les estimations d’Eurasia, deux scénarios sont probables : sois le gouvernement perd avec une faible marge (17 votes), soit il perd plus largement, avec une avance de 37 voix pour les opposants. Dans tous les cas, cela ouvre la porte à davantage d’incertitude politique, à la possibilité d’une sortie chaotique, à une élection législative anticipée ou même à un second référendum.

Dans ce contexte, les risques pesants sur la croissance britannique restent très élevés, principalement pour trois raisons :

Les indicateurs avancés indiquent toujours un ralentissement marqué de la croissance. Les données les plus récentes confirment que le regain de croissance au cours de l’été résultait en grande partie des conditions météorologiques. Le PIB au T4 devrait être faible et cette tendance négative devrait se poursuivre au cours de l’année prochaine. L’indicateur avancé de l’OCDE pour le Royaume-Uni, conçu pour anticiper les points de retournement de l’économie à horizon 6 à 9 mois, a baissé en septembre pour le 14ème mois consécutif. Le taux en glissement annuel a commencé l’année à -0,6%, et se situe désormais à -1,45%. Il s’agit d’une nette baisse en l’espace de neuf mois ! En niveau, il se situe à 98,9, soit un point bas depuis septembre 2012.

En outre, le cycle de crédit qui a alimenté le Royaume-Uni dans la période post-crise financière s’est complètement retourné.  Notre indicateur credit impulse, qui est un indicateur avancé de 9 à 12 mois de l’économie réelle, est en contraction. Il représente le flux de nouveaux crédits émis par le secteur privé en pourcentage du PIB. La dernière mise à jour indique que la tendance est, certes, un peu moins négative, avec une impulsion du crédit à hauteur de -1,55% du PIB contre -7,5% du PIB le trimestre précédent, mais elle reste fermement ancrée en territoire négatif. Bien que la corrélation entre l’impulsion du crédit et certains indicateurs d’activité soit plutôt faible (la corrélation avec la demande domestique est de 0,52), cette forte tendance négative posera certainement un réel problème en termes de croissance à moyen terme. Nous nous attendons avec certitude à une moindre performance économique en 2019 mais il est encore trop tôt pour évoquer le risque de récession car il est étroitement dépendant de la mise en œuvre éventuelle d’un accord.

L’investissement des entreprises est grippé. Sans surprise, le Brexit a eu un effet délétère sur l’investissement dans un contexte déjà dégradé de réduction des flux de crédit entrants dans l’économie. En regardant la trajectoire décevante de l’investissement des entreprises au cours des dernières trimestres, on a le plus grand mal à savoir où se cache la « force sous-jacente » de l’économie britannique tel que rappelé par le chancelier de l’Echiquier, Hammond. Tant que le micmac politique persistera, la confiance et l’investissement des entreprises ne feront que baisser, ce qui finira par limiter la croissance potentielle du PIB et augmenter le risque de période prolongée de faible croissance.

 

 

Le stress financier des ménages britanniques augmente. Il est bien illustré par les flux de nouveaux prêts personnels depuis le référendum. Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, la tendance baissière est affirmée à tel point que l’évolution est négative depuis le printemps dernier. A notre avis, il s’agit d’une des tendances les plus inquiétantes de l’économie britannique car c’est le signal brutal que le boom du crédit qui a soutenu l’économie outre-Manche dans les années qui ont suivi la crise est définitivement terminé.

 

 

A moins d’une surprise de dernière minute, il est difficile de voir ce qui pourrait inverser la courbe baissière de l’économie du Royaume-Uni. Cette vision fantasmée d’une souveraineté absolue et illimitée, qui n’a jamais vraiment existé et n’existera jamais, va aboutir certainement à l’une des pires destructions de richesse et de pouvoir dans un pays d’Europe de l’Ouest depuis la Seconde guerre mondiale.

 

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec une double formation française et polonaise,[...]