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Champion du monde…mais toujours pas sur le terrain économique !

Dans la dernière note sur l’économie française que nous avons publiée (mars 2018), nous mettions en garde contre le risque de ralentissement de l’activité résultant de la contraction de l’impulsion du crédit et de la hausse des taux et du pétrole. Les dernières statistiques, notamment le PIB au T2 qui est ressorti à 0,2%, semblent confirmer ce risque et le fait que le pic de croissance pour ce cycle ait été atteint au T4 2017. L’année 2018 devrait marquer un net ralentissement par rapport à 2017 avec une cible de croissance autour de 1,6%-1,7%, soit nettement en-dessous de la cible du gouvernement (2%). En outre, les nuages s’accumulent pour 2019 et font craindre un ralentissement encore plus marqué. Nous identifions trois risques majeurs : la réaction potentiellement négative des marchés financiers au durcissement de la politique monétaire, l’évolution du protectionnisme et la hausse inévitable du baril de pétrole à cause d’un sous-investissement ces dernières années des entreprises du secteur.

LES INDICATEURS AVANCES SEMBLENT CONFIRMER UN RALENTISSEMENT. Le rebond de la croissance à partir de 2014 a été largement alimenté par l’impulsion importante du crédit (point haut de 3,9% du PIB atteint au T2 2015) qui intervenait de manière concomitante avec l’alignement des astres (taux bas, pétrole bas, euro faible). Maintenant que cette impulsion se tarit (notre indicateur credit impulse ressort à seulement 0,4% du PIB au T2 de cette année), il faut craindre un choc négatif sur la confiance des acteurs économiques, la demande intérieure et, à terme, la croissance.

 

 

Explication : L’indicateur Credit Impulse développé par Saxo Bank est un indicateur avancé de croissance de 9 à 12 mois. Il représente les flux de nouveaux crédits du secteur privé en pourcentage du PIB. L’indicateur Credit Impulse pour la France est construit à partir des données de la Banque de France portant sur le crédit et celles de l’INSEE concernant l’activité économique.

Le déclin des indicateurs PMI depuis le début d’année, qui est aussi perceptible dans les autres pays européens, tend à confirmer le scénario d’une décélération. La contraction en juillet, pour la première fois depuis septembre 2016, du sous-indice des nouvelles commandes à l’export constitue un avertissement qu’il ne faut pas négliger. Il semble que l’économie française commence à ressentir les effets néfastes de la hausse du taux de change nominal de l’euro, qui est à son point haut depuis 2009, même si le taux de change réel reste toujours relativement bas.

 

 

Il faut aussi certainement s’attendre à ce que le maintien d’un taux de chômage élevé, reflétant l’inadéquation persistante entre les besoins des entreprises et les qualifications des demandeurs d’emploi, soit un facteur pesant négativement sur la dynamique de consommation. La hausse de 7% sur un an des chômeurs de longue durée, tandis que le taux de chômage des demandeurs d’emploi de moins d’un an reflue, confirme la nécessité de la réforme de la formation professionnelle portée par le gouvernement. Cependant, ses effets vertueux attendus vont prendre plusieurs années avant de se matérialiser sur le marché du travail. 

L’EFFET MACRON TEND A SE DISSIPER. Si Effet Macron il y avait, celui-ci commence à rapidement se dissiper. On observe une forte baisse de la confiance des consommateurs, qui résulte en partie de la répercussion négative des mesures fiscales du gouvernement, un effondrement du taux de satisfaction et une confiance des chefs d’entreprise qui, bien qu’elle résiste mieux que la confiance des consommateurs, est aussi en baisse par rapport au pic du T4 2017.

 

 

EN SOMME, UN RETOUR A LA NORMALE POUR L’ECONOMIE FRANCAISE. D’une certaine manière, la France renoue avec un rythme de croissance plus en accord avec ses fondamentaux économiques et son niveau de croissance potentiel qui est estimé à 1,25% par le Trésor pour la période 2017-2020. Fondamentalement, la France a un problème de désynchronisation du cycle économique. Sa reprise fut plus lente que dans la plupart des pays européens faisant craindre que le retournement prochain de cycle, qui pourrait avoir lieu en 2020 aux Etats-Unis, ne conduise à ce qu’elle soit plus courte que chez ses principaux partenaires commerciaux. Le pays va affronter à partir de 2019 une accumulation de vents contraires : baisse du commerce international, qui est bien amorcée si on s’attarde sur les indicateurs avancés, notamment l’évolution des exportations de Corée du Sud, et hausse certainement inévitable du prix du pétrole du fait d’un sous-investissement important dans le secteur ces dernières années. En somme, l’optimisme qu’on avait connu il y a exactement un an de cela n’a pas fait long feu. Ce n’est pas la victoire de la France à la Coupe du Monde qui changera quoi que ce soit.

 

Christopher Dembik

Christopher Dembik est Responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank.  Avec[...]